13 mars 2008
Chapitre 8 - Le sort de Roselyne Rosemet
Parfois je me dis que tout aurait été différent, si nous n'avions pas attendu le déjeuner pour aller nous promener à la plage. Nous serions restées avec notre père et nous ne nous serions pas heurtées à Greyson Ita et à Louis Fairchild.
Alors, je réfléchis et je réalise que nous étions simplement des pions sur un grand échiquier. Et la force qui nous manipulait à cet instant, ce serait probablement contentée de modifier ses déplacements pour un même résultat : faire échec au roi.
Le maire avait rejoint le manoir Austen aussi vite qu'il avait pu. Il
frappa à la porte et attendit un peu. Il vit apparaitre le visage
méfiant de Briac dans l'entrebâillement de la porte. Il lui sourit.
- Bonjour, Briac. Excuse-moi de te déranger.
- Bonjour Ivan. Ce n'est rien, entre je te prie.
Sur ce il lui ouvrit grand la porte, il avait l'air un peu essoufflé mais il semblait seul. Un maire pressé n'était pas un bon présage pour la tranquillité. Il referma la porte avant de poser la question d'usage.
- Que nous vaut l'honneur de cette visite ?
Il serait très vite fixé, s'il ne voulait lui parler que seul à seul il pourrait faire une croix sur les projets familiaux.
Elisabeth observa le visage du maire. Cet homme ne ressemblait vraiment
pas à un fonctionnaire d'état. Mais il respirait la gentillesse et
c'était appréciable. Elle aimait bien de plus son côté slave.
Enora appréciait aussi le maire de hautefort même si elle le connaissait peu. Son air
gentil et jovial, peut-être, qui laissait une impression rassurante ?
Elle le salua d'un signe de tête.
- Nous nous apprétions à sortir, précisa Elisabeth avec politesse mais fermeté. Et nous aurions préféré le faire avec notre vieux père...
Elle répondit au regard d'Elisabeth par un léger sourire. Elle appréciait l'intention bien qu'elle eut préféré que leur père les accompagne pour une fois. Cela dit, elle apprécierait grandement la compagnie de sa soeur, comme d'habitude. avec politesse mais fermeté. Et nous aurions préféré le faire avec notre vieux père...
Elle regarda Enora et la rassura d'un sourire qui signifiait qu'elle ne reporterait pas la sortie si leur père devait partir à d'affaires plus urgentes.
Le maire se retrouvait au beau milieu du clan Austen. Les regards peu accueillants d'Elisabeth et d'Enora indiquait assez clairement qu'il était arrivé au mauvais moment.
- Excuse-moi, Elisabeth mais je dois m'entretenir un instant avec ton père. J'essayerai de vous le rendre au plus tôt.
Il leur fit un petit clin d'œil et se détourna d'elles. Il prit Briac par l'épaule et l'emmena un peu plus loin tout en parlant. Il était nettement plus petit qu'Austen mais son caractère bien trempé l'empêchait de s'en sentir affecté.
- La jeune Rosemet est atteinte, semble-t-il. Le petit nouveau, le frère Nonyme, est à son chevet en ce moment-même. Je ne sais s'il est capable de s'en occuper seul...
Briac l'emmena dans son bureau dont il ferma la porte derrière eux avant de répondre.
- Que se passe-t-il exactement ? Atteinte de quoi ? Pouvez-vous en préciser les symptômes ?
Sa voix se fit autoritaire mais il l'avait toujours été concernant son travail. Il était d'ailleurs passé au vouvoiement sans autre forme de procès, Ivan de visiteur sympathique était devenu un client à traiter en urgence. Le maire ne se serait pas permis une visite si le cas n'était pas sérieux.
Le maire s'était adressé uniquement à Elisabeth et Enora en eut un
pincement au coeur. Mais après tout, quoi de plus normal ? On ne
s'adressait pas à la plus jeune n'est ce pas ? Et encore moins
lorsqu'il était connu qu'elle était fort malade... Enora Austen,
quantité négligeable... Elle s'en voulut de penser ainsi, d'autant plus
que le maire était quelqu'un de gentil, mais, aujourd'hui, c'était plus
fort qu'elle et cela avait sans doute à voir avec la balade annulée.
Elle
s'assit lourdement sur les marches de l'escalier, les coudes sur les
cuisses, le visage posé dans ses mains en coupe sous son menton. Elle
soupira et Elisabeth pouvait reconnaître une expression familière sur
ses traits : petite fille, elle agissait ainsi lorsqu'elle boudait dans
son coin.
Elisabeth avait regardé les deux hommes rentrer dans le bureau et finalement reporta son attention sur sa jeune sœur. Elle comprenait sa déception. Pour sa part, c'est plutôt l'inverse qu'elle aurait trouvé surprenant. Il y avait bien longtemps que leur père ne s'était pas promené en ville ou en bord de mer avec elle. Elle s'y était résignée pour sa part.
- Que veux-tu faire, Enora ? Souhaites-tu que nous allions sur la plage ou préfères-tu que nous allions dès maintenant chez madame Ita ? lui demanda-t-elle.
Enora ne répondit pas au point qu'Elisabeth pouvait croire qu'elle ne l'avait pas entendu. Elle finit pourtant par hausser les épaules.
- Peu importe, lâcha-t-elle avec une amère déception.
Elisabeth retint un soupir devant la bouderie de sa petite soeur.
Elle ne se rendait probablement pas compte qu'elle voyait leur père bien plus qu'elle...
- Très bien, dans ce cas va chercher tes affaires de peinture. Et essaie de faire meilleure figure, Madame Ita ne mérite pas que tu lui adresses ta bouille de petit cochon contrarié, dit elle en sachant bien que ce n'était pas une comparaison que sa petite soeur appréciait.
Enora la foudroya du regard mais se leva. Bien sûr, c'était elle qui
passait pour malpolie et égoïste... Mais elle aurait tellement voulu
aller se promener avec Elisabeth et leur père, comme lorsqu'elle était
plus petite ! Pour une fois qu'ils avaient eu une occasion de
ressembler à une famille normale, sans chasse au démon ou maladie pour
contrarier leurs projets...
Elle disparut chercher ses affaires et
s'efforça de chasser sa tristesse et sa contrariété de son visage.
Quand elle redescendit, elle affichait une mine plus sereine mais son
regard restait préoccupé.
Elisabeth en avait profité pour laisser un mot assez bref pour son père.
Il s'en douterait mais elle préférait le rassurer en lui confirmant qu'elles étaient chez la voisine.
Elle regarda sa soeur descendre les escaliers et lui sourit :
- Madame Ita nous réserve une surprise aujourd'hui. Il se pourrait que le sujet de peinture soit moins ennuyeux que d'habitude, dit elle en prenant son sac contenant ses affaires.
L'intérêt d'Enora grandit soudain. Elle aimait bien les cours de peinture de Madame Ita mais commençait à trouver long la période "cruches et fruits" bien qu'elle sache qu'elle n'était pas encore au point. Les oiseaux... Elle rêvait de peindre des oiseaux et des paysages de bord de mer.
- Je suis sûre qu'elle aurait réussi à le persuader de nous accompagner, dit-elle à mi voix en songeant à sa mère.
Enora avait très peu entendu parler de leur mère. C'était tabou à la maison. Le peu qu'elle avait réussi à savoir, c'était Elisabeth qui lui en avait parlé mais Lydie Austen restait encore et toujours une étrangère pour elle. Elle savait combien leur père souffrait encore de son absence et elle n'osait jamais le questionner. Elle ne voulait plus voir la douleur dans ses yeux comme lorsque, enfant, elle avait pu poser quelques questions innocentes à ce sujet auxquelles Briac avait répondu de façon toujours évasive.
- Elle te manque toujours, n'est ce pas ? demanda-t-elle hésitante.
Dans le bureau la discussion se poursuivait. Ivan se gratta la nuque d'un air un peu
embarrassé. Il était parti avant d'être mis au courant des symptômes
précis. Son incrédulité pour la chose lui attirerait des ennuis si ça
continuait ainsi...
- Si je suis là, tu devineras probablement
que c'est pour une histoire de possession. Manara ne les a pas précisés
mais elle considère que le petit nouveau ne suffit pas.
Il marqua une pause, l'air pensif, et reprit.
-
Cela dit, je pense qu'il vaut mieux lui laisser une chance. Vu que tu
allais sortir avec tes filles, je crois que l'idéal serait de laisser
le frère Nonyme faire ce qu'il peut et que nous te recontactions ce
midi si la situation ne s'est pas améliorée.
Manara était donc déjà sur place... elle ne perdait vraiment pas de temps, pensa Briac à ces mots.
- Je préfères y aller afin de savoir à quoi m'en tenir au plus tôt.
Un
massacre puis une possession en aussi peu de temps n'augurait rien de
bon. Briac ouvrit la porte sans prendre la peine de consulter l'avis
d'Ivan.
Ivan le suivit. Il se sentait un peu mal vis-à-vis d'Elisabeth et
d'Enora mais ainsi était leur père malheureusement. Briac était homme à
se laisser entièrement prendre par son travail.
- Allons-y. Comment est-il ce frère Nonyme ? Je n'ai pas encore eut le temps de faire connaissance.
- Pas exactement l'idée qu'on se fait d'un exorciste, si tu veux mon avis. Pas beaucoup de tact mais il a l'air de connaître son métier.
Briac s'arrêta pour lire le mot d'Elisabeth tort en discutant avec Ivan. Il n'aimait pas laisser ses filles à la voisine ne sachant pas qui se cachait derrière les apparences mais jusqu'à ce jour il n'en avait pas eu à s'en plaindre, elle lui était même plus d'une fois salvatrice jouant par moment le rôle de mère mais ça restait une confiance par obligation.
- J'espère... depuis quand est-il à Hautefort déjà ?
Briac plia la note et la jeta dans la corbeille à papier. Se renseigner sur les nouveaux venu lorsque les évènements s'enchainaient était toujours une bonne idée particulièrement un exorciste qui n'était pas ignorant des cas de possessions, un coupable idéal bien que trop évident mais qui ne devait pas être écarté.
Ivan passa la main sur sa barbe et la lissa. Après tout, il ne savait quid de se moine. Il aurait pu être n'importe qui. Briac ne manquerait pas de le lui reprocher mais il n'y pouvait rien. De toute façon, ce n'est pas un petit moine comme lui qui allait pouvoir commettre quoique ce soit chez les Rosemet...
- Tout récemment. Je ne l'ai rencontré que ce matin, c'est tout dire...
- Je vois... nous en apprendrons plus sur place.
Sur ce Briac sorti de chez lui en laissant la place du poisson pilote à Ivan. Il n'avait pas d'autres questions à lui poser et préféra ruminer dans ses pensées le temps d'arriver chez les Rosemet.
Ivan revint avec Briac dans l'heure. Il n'avaient plus discuter depuis
leur départ. Le maire en avait l'habitude. Briac Austen était bien
connu pour ne pas être loquace quand il réfléchissait.
Il toqua à la porte des Rosemet et attendit.
Manara avait laissé le moine seul avec la jeune femme. Elle savait bien
qu'il n'y avait rien à craindre de lui et que Roselyne avait besoin de
puiser un peu de force dans la religion.
Elle laissa Germaine quand elle entendit frapper.
- Cela doit être le maire et monsieur Austen. Je vais les informer de la situation pendant que le frère Adam apaise votre fille.
Elle alla ouvrir au maire et au Hunter.
- Suivez-moi, dit elle en les emmenant dans le bureau de feu Monsieur Rosemet.
Briac salua dame Ita sans plus de manières et ne tarda pas à lui emboiter le pas préoccupé par ce qui se passait, il attendit patiemment qu'elle veuille leur faire part de la situation.
Il connaissait assez Manara pour savoir qu'elle ne disait que ce qu'elle voulait dire et que la meilleur façon d'apprendre d'elle était de la laisser causer... c'était peut-être aussi une façon de faire avec toutes les femmes et pas seulement propre à elle mais il n'était pas vraiment un spécialiste du sujet.
Manara resta droite dans la pièce et si elle s'adressa aux deux hommes, ne quitta pas Briac Austen du regard.
-
Il y a deux jours lorsque vous avez accompagné Enora jusqu'à chez moi
pour sa leçon, vous avez vu Roselyne Rosemet quitter ma demeure. Elle
était normale. Elle s'est réveillée ce matin enceinte de plusieurs
mois. C'est une jeune fille dont on ne peut douter de la respectabilité.
Briac ne se déroba pas au regard de Manara. Il ne doutait pas de ses
paroles mais le cas de la jeune Rosemet le contrariait, ça sentait la
sale affaire à plein nez.
- Votre avis ?
Les cas de
possession étaient plutôt traité par le clergé à moins que ce Nonyme ne
fasse pas l'affaire, il ne voyait pas le pourquoi de sa présence mis à
part pour le tenir informé... sauf peut-être si l'affaire cachait
d'autres éléments sur lesquels enquêter.
Manara le regarda et dit prudemment :
- J'ai de fortes raisons de penser que tout ceci n'est qu'un début...Ou bien la partie immergée de méfaits plus graves.
La présence du maire la rendait visiblement encore moins bavarde que d'habitude.
- Allons y avant que le frère Adam ne se lance dans un laïus en latin, dit elle en quittant la pièce.
Briac la suivit sans rien ajouter, Manara confirmait ses doutes mais
les éléments étaient encore trop minces pour y discerner quoique ce
soit de tangible. Il mit cependant à profit le temps de rejoindre le
frère Adam pour questionner Ivan :
- Vous devez être plus au
fait des affaires de voisinage que moi, qu'en est-il des relations avec
les Rosemet ? Des différents ? Des particularités ?
Isaac avait suivi la discussion sans s'y
intégrer. Il était estomaqué de ce qui arrivait à Roselyne. Une vierge
enceinte de plusieurs mois... C'était tout bonnement incroyable...
-
Vous devez être plus au fait des affaires de voisinage que moi, qu'en
est-il des relations avec les Rosemet ? Des différents ? Des
particularités ?
Ivan réfléchit un instant. Y avait-il quelque chose? Il n'en avait aucun souvenir.
-
Pas que je sache. Le patriarche de la famille était mon prédécesseur.
Je ne l'ai pas connu très longtemps. Je n'ai pas entendu d'histoires.
Manara?
Il se tourna vers la veuve.
- Ne saurais-tu quelque chose? Tu es surement plus au fait de ce genre de choses que moi.
Manara ébaucha un sourire et s'appuya contre la porte de la chambre, la main sur la poignée.
Elle se tourna vers le maire :
- Me prendriez-vous pour une commère, Ivan ?
Elle n'attendit pas la réponse et répondit plus sérieusement :
- Non. Germaine est une femme respectable. Elle et Roselyne n'ont pour réelles divertissement que l'Eglise...Et je crois justement que c'est sa nature pieuse qui a retenu l'attention.
Elle regarda Briac :
- Mais ce n'est pas une attention divine, cette fois.
Alors qu'ils s'entretenaient devant la porte de la chambre, la jeune fille s'était accrochée à la main du moine avec désespoir :
- Mais si je mettais au monde l'antéchrist ? En une nuit mon ventre a grossi...Et si la nuit prochaine...
Elle se mit à trembler d'effroi.
- Je vous en prie...Faite-le partir !
Adam la fixa dans les yeux, avec un sourire qui se voulait sûr de lui et rassurant.
-L'antéchrist
? Saint-Paul en parle, et voici à peu près ce qu'il en dit dans sa
deuxième lettre aux Thessaloniciens : "il accomplira des miracles, ce
fera passer pour Dieu, ralliera des fidèles à sa fausse religion et le
Christ notre Sauveur viendra lui botter les fesses."
Le monde n'a
pas à en avoir peur, et toi non plus : quoi que tu aies dans ton
ventre, que ce soit un bébé ou autre chose, je vais t'en délivrer. Mais
pour cela, j'aurais besoin de savoir qui était l'homme dans ton rêve.
Roselyne se tassa, serrant ses genoux contre elle.
Elle resta un moment silencieuse et finalement murmura :
- Il est trop puissant. Ce serait ma parole contre la sienne...Et ce n'était qu'un rêve. Dans la vraie vie, il m'a parfois parlé mais...De manière respectable.
De quel droit pouvait elle accuser cet homme d'être le démon même si...Au plus profond d'elle même, elle en était convaincue.
Roselyne observait le frère Adam avec angoisse.
Lui donner le nom. Faire une description.
Elle déglutit difficilement et baissa les yeux.
- Cet homme...Cet homme se nomme...
Le bruit de voix derrière la porte, l'arrêta dans sa confidence dès plus difficiles.
Elle gémit à l'idée que d'autres la voient dans cet état honteux.
Pourquoi fallait-il qu'il y ait toujours un ... contretemps à chaque fois qu'il se disait quelque chose d'intéressant, pensa Adam dans son for intérieur.
Il se leva et se dirigea de suite vers la porte :
-Madame Ita, vous avez amené un médecin, je suppose ? Je m'excuse, mais je n'ai pas encore fini la confession...
Ivan appréhendait un peu la rencontre fatidique. Il détestait les formes de sorcellerie quand celles-ci avaient une empreinte visible. Son visage se détourna de Manara qui était entrée et tomba sur le Hunter.
- Je... Après toi, Briac.
Briac entra sans se faire prier mais n'alla pas bien loin dans la chambre. Il salua l'homme devant être frère Adam. Pas bien épais le bougre, deux comme lui suffisait tout juste à faire sa propre largeur et encore. Bien que plus grand qu'Ivan, Briac possédait une stature plus robuste que véritablement grande... enfin toujours est-il qu'il était de l'avis du frère Adam, la présence d'un médecin aurait été plus que souhaitable. Il posa ses yeux sur la petite, pas sur le corps déformé mais afin d'accrocher son regard... elle semblait parfaitement saine mis à part la terreur qu'elle ressentait, il préféra cependant garder le silence, le tact n'était pas à l'ordre de ses attributs et il était inutile d'effrayer davantage la petite.
Roselyne tira la couverture sur elle avec pudeur.
Elle connaissait
le maire et avait déjà aperçu Monsieur Austen du temps où son père
était maire de la ville. La honte lui mit le feu aux joues.
Manara s'approcha et effleura ses cheveux dans un geste rassurant.
- Non. Le seul medecin de cette ville est un bavard méritoire, dit elle fermement.
Roselyne murmura :
- ça se saura...A moins que j'en meure.
Mais cela semblait presque la soulagée.
Évidemment... Le secret médical était-il donc une légende ?
-Ça, c'est précisément ce que je veux éviter Roselyne. J'en suis convaincue, tu serviras bien mieux le Seigneur vivante que morte. Et ton souci actuel ne sera pas ébruité, sois-en certaine. Tu seras libérée, quel que soit l'envahisseur, lui dit-il en posant à son côté un papier et un crayon, qu'il avait sorti du sac.
Le jeune moine se tourna alors vers le nouveau venu, et sa voix se fit moins douce :
-Bonjour, je suis le Frère Adam. Qui êtes-vous, et que faites-vous ici ? Je suppose que vous êtes vous aussi ici pour aider Roselyne, car Madame Manara n'est sûrement pas femme à venir troubler inutilement une confession.
- Briac Austen, disons que je suis là pour trouver l'origine du mal dont elle souffre. Mais continuez votre travail je vous prie, il est plus important maintenant pour cette jeune fille que le mien mais soyez certain de ma discrétion.
Sur ce Briac resta en marge de la chambre avec les meubles, il ne fixait pas Roselyne afin de ne pas l'intimider plus que ne le faisait sa présence mais il laissait aux soins du frère Adam le rôle du médiateur. Il n'en fallait qu'un et il avait déjà bien entamé le travail.
Ivan pénétra enfin dans la pièce et se mit un peu à l'écart. Il ne dit mot et se contenta d'un petit signe de tête lorsqu'il croisa le regard de Roselyne. Son état l'impressionnait beaucoup et il en éprouvait une certaine honte. Même son coté grand-père réconfortant ne pouvait lui servir dans pareille situation. Il aurait pu la rassurer en la distrayant un peu mais cela aurait plus gêné Nonyme et Briac qu'autre chose. Il s'assit sur le rebord de la fenêtre et attendit.
Adam n'aimait pas avoir des spectateurs, surtout pour la jeune fille. Enfin, sans paroles, ce serait peut-être plus simple.
-S'il te-plaît Roselyne, ce que je t'ai demandé, j'ai besoin de ta confession avant de le jeter au feu. Pendant ce temps, je commence mes préparatifs.
Il prit l'œuf, et versa quelques gouttes d'huile bénite dessus, tout en faisant le signe de croix, et en psalmodiant :
-Envie, premier de tous les pêchés, premier affront au Seigneur dans le jardin d'Eden.
Cette histoire de fruit défendu lui avait toujours posé problème. S'il ne fallait pas y toucher, pourquoi le mettre en évidence ? Il chassa ses pensées et jeta sur l'œuf une pincée de charbon.
-Orgueil, oubli de la gloire du Seigneur, aveuglement face ses actes.
Encore le signe de croix, encore le saupoudrage.
-Avarice, aveuglement face aux dons du Seigneur, complaisance dans la possession.
-Gloutonnerie , aveuglement face à la modération, mère de l'Envie et de l'Avarice.
-Luxure, aveuglement face à l'Amour du Seigneur.
-Colère, impatience de la Justice. Refus de la volonté du Seigneur.
À chaque fois, concentré sur l'oeuf, toujours le même rituel.
Mais cette fois, il fixait Roselyne tout en faisant le signe de croix :
-Tristesse, déni de la Justice. Rejet de la Foi. Rejet de l'Espérance. Oubli de la Charité. Péché destructeur de toutes les vertus.
Et il jeta une dernière fois la pincée de charbon sur l'oeuf, qui avait maintenant le dessus bien noir.
Évidemment, aucune de ses phrases n'était nécessaire. Les ingrédients suffisaient, mais il n'allait pas laisser passer cette occasion...
Roselyne avait écrit non sans mal sur la feuille qu'il lui avait donné.
Elle l'avait replié en 4 morceaux avant de la tendre au Frère Adam, non
sans observer attentivement ce qu'il faisait.
Elle ne se sentait pas vraiment rassurée et s'attendait à tout moment à ce que son ventre laisse échapper un démon.
Manara se pencha vers Briac et chuchota :
- Je vais rentrer. Je voudrai éviter que mon neveux n'accueille vos filles. Il est...Très anglais.
Briac grimaça à l'idée de laisser ses filles avec un jeune homme inconnu, qu'il soit de la famille d'Ita n'y changeait rien. Il acquiesça tout de même la décision de Manara en se demandant s'il ne valait mieux pas faire de même, la jeune fille ne lui apprendrait pas grand chose dans son état mais les besoins de l'enquête l'obligeait à sa présence.
Manara s'excusa discrètement et quitta la pièce.
Elle alla assurer à Germaine Rosemet qu'elle reviendrait prendre des nouvelles, dans la soirée.
Après avoir passé son manteau, elle sortit de la maison pour regagner la sienne.
Ivan regarda Manara sortir après l'avoir saluer. Il se demanda s'il ne
devait pas partir avec elle. Sa présence ici ne servait au final pas à
grand chose et il savait qu'il risquait d'être plus un poid qu'autre
chose pour Austen et le frère Nonyme.
Ne sachant que faire, il la
laissa partir seule et se contenta de croiser les bras en observant la
scène aussi discrètement que possible.
Son regard tomba sur
Roselyne. Elle était là, terrifiée par cette histoire qui la dépassait.
Il voulait faire quelque chose mais il n'y parvenait pas. Il se mit à
prier. Sans doute était-ce le plus adéquat lors de l'office d'un
exorciste... Mais pourquoi donc avait-il fallu qu'on lui demande
d'intervenir!
Notre Père, qui êtes aux cieux,
Que votre nom soit sanctifié,
Que votre règne vienne,
Que votre volonté soit faite
Sur la terre comme au ciel.
Donnez-nous aujourd’hui notre pain de ce jour
Pardonnez-nous nos offenses,
Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés
Et ne nous soumettez pas à la tentation,
Mais délivrez-nous du mal.
Amen.
Un nom était bien écrit sur le papier, mais il ne voyait pas qui cette
personne pouvait bien être... Lisa... dérivé d'Elizabeth, la maison de
Dieu ? Il lui semblait pourtant que c'était un homme... Adam le reposa
près de la jeune fille.
-Roselyne, je sais que c'est dûr, mais il me faudrait la description s'il te plaît... je ne sais pas à quoi "cette chose" ressemble.
Il prit lui aussi un papier, où il écrivit "Roselyne Rosemet", et sur lequel il fit le signe de croix à l'eau bénite.
Il prit un deuxième oeuf, et effectua les mêmes opérations qu'avec le premier. Sauf pour le discours :
-Ardeur, parce que nous devons faire fructifier cette vie que le Seigneur nous a donné.
Humilité, parce que nous savons à qui nous devons tout.
Modération, pour mieux ne jamais oublier les frontières.
Chasteté, pour ne pas nous détourner du chemin qui nous a été tracé.
Générosité, parce que tout don porte la marque du Seigneur.
Affabilité, parce que la haine se doit de glisser sur nous.
Charité, parce que l'Amour est tout.
Roselyne serra les dents et reprit le papier.
Elle se concentra et commença à décrire l'apparence de l'homme.
Le papier se déchira sous la plume en même temps que son visage se contractait.
Elle la lâcha et poussa un hurlement qui s'étrangla dans sa gorge dans un étrange gargouilli.
Du sang bullait au coin de ses lèvres, alors que ses yeux devenaient vitreux.
Elle tomba en arrière sous son lit mais son corps resta tendu, crispé.
Elle semblait se noyer, suffoquer.
Et merde !
-Mr le maire, Mr Austen, Redressez-la ! Penchez-la en avant !
Il prit la feuille de papier : trop déchiré, si elle avait eu le temps d'écrire quoi que ce soit de plus, c'était illisible. Il le trempa dans l'eau bénite, et enveloppa le premier oeuf avec.
Tant pis, il faudrait faire sans le secret. Enfin, sans la discrétion plutôt.
-L'un d'entre eux vous connaît-il Lisa Fairchild ? Même de vue ? Me décrire cette personne ?
Ivan s'approcha vivement du lit de la jeune fille. Il se saisit d'elle et la pencha en avant comme le lui avait ordonné Adam. Le corps juvénile résista à cause de la tension mais il avait la chance d'être puissamment bati.
-L'un d'entre eux vous connaît-il Lisa Fairchild ? Même de vue ? Me décrire cette personne ?
Ivan le foudroya du regard. Cet idiot était-il exorciste ou fou? La belle affaire que ce serait si une adolescente était libre des démons après avoir rejoint le créateur...
- N'y a-t-il pas plus urgent? Briac, aide-moi!
-Plus urgent que sauver une vie ?
Adam ne regardait pas le maire, enroula le deuxième oeuf dans le papier lui aussi sanctifié, et le mit dans le feu de la cheminée en pensant à Roselyne telle qu'elle était dans son état "normal".
Si un démon la possédait vraiment, l'oeuf éclaterait au bout de quelques secondes. Sinon... Le médecin bavard serait indispensable, pourvu qu'il soit compétent.
Briac resta silencieux mais nota mentalement le nom de Lisa Fairchild, curieux des renseignements qu'il pourrait tirer du maire et du frère Adam. Il ne se fit toutefois pas prier davantage et s'avança aider Ivan à maintenir la petite, elle était coriace mais à eux deux elle ne bougerait plus.
Roselyne agrippa la main d'Yvan, fixant son regard effrayé sur lui.
Une larme de sang glissa de ses lèvres pour goutter sur le drap blanc qui couvrait encore ses jambes.
- Je...Je ne veux pas mourir, balbutia-t-elle.
Sa seconde main se referma sur le bras de Briac qu'elle serra avec une poigne étonnante.
Elle eut un nouveau tressaillement et tournant son visage vers lui, murmura :
- Sauvez mon âme.
Ses yeux se figèrent dans ce dernier regard et son corps perdit toute rigidité.
L'œuf d'Adam explosa bruyamment aspergeant les allants tours avec violence et
dans un bruit des plus glauques. Une puanteur envahit la pièce comme si
l'oeuf n'était pas des plus frais.
Roselyne Rosemet était morte.
L'oeuf avait explosé avec une force rare... En fait, c'était la première fois que des bouts volaient. Combien de démons la possédaient ? Et pourquoi ne s'étaient-ils pas manifesté avant ? Il n'y avait eu strictement aucun signe de possession...
Lorsque le jeune moine vit Roselyne perdre connaissance, il alla tout de suite vers elle... Les pertes de connaissance étaient fréquentes après une manifestation du démon, mais il n'y avait quasiment rien eu ! On en était qu'aux... préliminaires démoniaques, tout au plus. Rien de tout cela n'était normal.
Il lui prit le pouls au cou: rien.
-Merde.
Roselyne Rosemet était morte.
- Mon Dieu...
Ivan resta prostré en fixant Roselyne tandis qu'Adam prenait son pouls.
- Merde
Elle était morte dans ses bras pour ainsi dire, sans qu'il ne puisse rien faire. Sa main tremblait et pourtant, il ne la lâchait pas. Il avait beau en avoir vu dans sa vie, jamais fille si jeune était morte aussi violemment devant lui. Il dégluttit avec difficulté.
- Je...
Il se tut. Sa main lâcha Roselyne et il ferma les paupières de la jeune fille.
Dasvidania, Roselyne... Puisse Satan te laisser désormais en paix...
Briac serra les dents... il savait que très peu en réchappait mais une
âme aussi jeune était toujours dur à accepter comme perte.
- Dors en paix petite...
Il dégagea son bras de l'emprise de Roselyne et se redressa l'air grave.
- Frère Adam, vous étiez avec elle depuis plus longtemps que nous, qu'avez-vous appris exactement ? L'affaire est grave et elle ne s'arrêtera pas à cette jeune personne j'en ai peur, aussi chaque détails même insignifiant seraient des plus utiles.
Il n'avait pu sauver sa vie, que l'absolution sauve son âme.
- Je te pardonne tes péchés, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Mais comment la pauvre avait-elle pu mourir si vite ? Cela n'avait aucun sens de tuer la victime si vite, pour des démons habitués à... À jouer avec leur "hôte", à le manipuler, et à parler à travers eux...
Et surtout, pourquoi tuer la mère d'un enfant qui... n'avait rien de naturel ? Qu'ils avaient supposé depuis le début être de nature démoniaque...
Il se rappela alors qu'on lui avait posé une question. Et le moine en avait lui aussi plein en réserve. Et l'une d'entre elles le pressait plus que les autres
-Pensez-vous qu'on puisse sauver l'enfant ? S'il y en a un ?
Ivan restait toujours immobile, les yeux rivés sur Roselyne. Il avait beaucoup aimé cette jeune fille. Il se demandait aussi comment sa mère réagirait. Elle avait déjà perdu son mari et elle allait désormais devoir enterré sa fille...
- Un enfant meurt avec sa mère dans ces cas-là, mon garçon. Laisse-lui un semblant de dignité et n'essaye pas...
-Vous parlez des cas où la mère a un ventre de six mois en une nuit ? Moi, je n'en ai pas vu beaucoup jusque là. Pas plus que des démons qui tuent leur hôte dès la première journée, après l'avoir fécondée. Et vous ne m'avez toujours pas dit si vous connaissiez Lisa Fairchild, répliqua Adam Nonyme
Il devait savoir qui était ce Fairchild. Pour Roselyne. Pour empêcher d'autres victimes.
Briac porta son attention sur Ivan dans l'attente de sa réponse. Lui-même avait plutôt une vie de reclus à Hautefort, le maire devait en savoir bien davantage... restait à savoir jusqu'à quel point.
- Faites ce que vous voulez mais je n'ai aucune envie de profaner le corps de cette malheureuse enfant! s'écria le Maire.
Ivan haussa les épaules au nom des Fairchild. Il ne comprenait pas en quoi Lisa était devenu si important dans cette affaire. Il était, certes, très assidu de la gente féminine mais au point de mettre une fille enceinte de six mois en une nuit...
- Si fait. C'est un ami, répondit il finalement. Le bougre est l'un des plus riches propriétaires de la ville. Il soutient la mairie avec beaucoup de générosité. Sans lui, Hautefort ne serait pas aussi aisée. Cela dit, je ne le vois pas très souvent. Il part souvent à l'étranger. A vrai dire, c'est un métèque par ici, au même titre que moi. Il ne vit ici que depuis dix ans.
Si seulement il avait pu le dire avant !
-Alors prenez cet oeuf, et mettez-le dans le feu, en pensant très fort à ce monsieur Fairchild.
Si celui-ci avait un rapport quelconque avec ce qui était arrivé à Roselyne, cet oeuf éclaterait lui aussi. Est-ce que ce serait un simple "crac", ou une nouvelle déco comme le précédent, il n'en savait rien.
-Je
ne tiens pas non plus à effectuer une quelconque "profanation", mais
honnêtement, tout ça me dépasse. Ce qui est arrivé à cette pauvre
Roselyne est à ma connaissance sans précédent, et je ne tiens pas à ce
que cela se reproduise. Ce qu'il y a à l'intérieur de son ventre, je
n'en sais rien, mais je ne pense pas qu'il s'agisse de la progéniture
d'un démon : si c'était le cas, elle ne serait pas morte avant la
naissance de l'enfant.
Elle n'a montré aucun signe de possession,
et l'explosion de l'oeuf a pourtant montré la présence de démons,
particulièrement puissants.
Je ne souhaite qu'une chose, monsieur
le maire : qu'il n'y ait pas d'autres victimes, comme semble le penser
Mr Austen, pour une raison que j'aimerais d'ailleurs bien connaître.
On frappa doucement à la porte. La voix de Germaine Rosemet, ignorant encore tout du drame se fit entendre :
- Puis-je entrer ?
Évidemment la mère de la jeune fille se rappelait à eux !
- Monsieur le maire, prenez l'œuf.
Il se dirigea vers la porte, qu'il ouvrit. Ça arrangerait peut-être ses affaires, qui sait ?
- Madame Rosemet, nous allions justement aller vous chercher... Le diable n'a pas et ne trouvera jamais Roselyne...
Cela faisait un moment qu'il retenait ses larmes... Larmes de colère, larmes de désespoir... Et de tristesse pour la jeune enfant, partie si vite. Il ne les retint plus.
- La maladie l'a emportée.
Briac se glissa près du maire à l'écoute de Germaine Rosemet.
- Il faudrait que nous nous revoyons, tout les trois, en dehors des lieux de ce drame afin de définir une stratégie. Je vais vous laisser avec Madame Rosemet, je n'ai point le don de réconforter une mère ayant perdu sa fille... transmettez lui mes sincères condoléances...
Il se souvenait du chagrin, celui de la perte d'une enfant, pire il le ressentait encore après toutes ses années... on ne faisait jamais vraiment le deuil de son enfant. Il ne voulait pas revivre ça même par procuration, il préférait se rendre utile ailleurs. Briac passa à côté d'Adam le visage sombre en saluant dame Rosemet puis il partit silencieusement sans se retourner la colère dans les yeux.
Ivan s'était saisi de l'oeuf et l'avait jeté en songeant à Lisa tandis qu'Adam parlait à Germaine. Il acquiesca à la remarque de Briac avant de s'approcher de la veuve. Ses yeux reflétaient le désespoir. Ivan se sentit désolé, plus qu'il ne l'avait jamais été. Il n'avait à l'époque rien put faire pour son mari et n'avait rien pu faire pour sa fille. Il en venait à se demander si être maire avait la quelconque importance dés lors qu'on ne pouvait enrayer le moindre drame...
- Je suis désolé Germaine.
Il prit la veuve dans ses bras. Il l'avait beaucoup soutenu depuis la mort de son prédécesseur et il tenait à ce qu'elle ne se sente pas abandonné. L'heure n'était pas encore au condoléances de façade ou aux éloges funèbres. Une mère venait de perdre sa fille...
Germaine ne comprit pas ce que les deux hommes lui disaient.
Elle sentit Yvan la prendre dans ses bras. Le contexte ne lui sautant pas aux yeux, elle se dégagea en rougissant.
- Voyons, Yvan, dit elle en se décalant.
C'est là qu'elle la vit par la porte ouverte. Allongée sur le lit, inconsciente.
Elle se mit à pâlir affreusement et balbutia :
- Elle s'est endormie ?
Mais
sa voix tremblante n'y croyait pas, elle se raccrochait désespérément à
cette hypothèse que son ainée, affaiblie ait pu simplement dormir...
Le
maire ayant jeté l'oeuf dans le feu, il s'était brisé comme un oeuf
normal l'aurait fait et cuisait avec une odeur déplaisante.
Les yeux du vieil homme se voilèrent. A l'instar d'Adam, il commençait
à craquer aussi. Roselyne était si jeune... Elle ne méritait pas un
chatiment aussi brutal et injuste. Maudit soit celui qui lui avait fait
cela!
Il tenta de lui répondre sur le ton le plus doux qu'il pouvait.
- Germaine... Elle ne se réveillera pas...
-Votre fille s'est admirablement conduite dans ses derniers instants, et a maintenant rejoint le royaume des cieux.
Il n'était vraiment pas doué pour annoncer ce genre de nouvelle. Il n'avait jamais eu à le faire non plus, il est vrai, tous les exorcismes qu'il avait pu effectuer s'étant toujours bien passés...
Germaine entra dans la chambre et se jeta sur sa fille pour l'étreindre en sanglotant.
Une servante s'approcha des deux hommes, livide à son tour :
- C'est...C'est la jeune demoiselle ? demanda-t-elle hésitante.
Il opina lentement du chef.
- Elle a rejoint notre Seigneur.
Il fit un signe à Adam et s'adressa autant à lui qu'à la servante.
- Nous devrions la laisser un moment seule... souffla-t-il tristement.
Cette servante tombait bien mal... S'il voulait suggérer la maladie à la pauvre Germaine, il ne devait pas s'embarrasser de subtilité. Mais la servante à côté risquait du coup de s'affoler... Il ne fallait pas non plus que la maisonnée soit pestiférée. Il n'avait d'autre choix raisonnable que de revenir plus tard, et d'espérer que la première suggestion de la maladie fasse le reste.
- Je vous suis, Monsieur le Maire.
La servante ne chercha pas à en savoir plus et se précipita au chevet de sa maitresse pour la soutenir et la conduire jusqu'à un fauteuil. Germaine Rosemet ivre de chagrin, commençant à perdre connaissance sous le coup de l'émotion.
Ivan referma la porte derrière lui et Adam. La veuve avait besoin de
réaliser dans l'immédiat, ils ne pouvaient pas encore l'aider... Bien
que l'envie y fut...
Il lâcha un soupir avant de se tourner vers l'exorciste.
- Dites-moi. Avez-vous pu déterminé quoique ce soit sur ce qui vient d'arriver?
Plus que la curiosité, c'était la compassion vis-à-vis de Germaine qui motivait sa demande. Il voulait savoir pour pouvoir lui épargner certaines choses. On n'avait pas à accabler la famille avec ce qui entourait ce genre d'affaires, sauf s'ils étaient eux-mêmes coupables ou d'être en passe de suivre...
-Absolument rien. Je ferai part à ma hiérarchie d'avoir été appelé pour le cas de Mlle Rosemet, apparemment enceinte bien que vierge, et morte dans la foulée, et ça en restera là de lu côté de l'Église catholique. La seule chose qui me laisse penser qu'il y a une présence démoniaque est... à part du rituel "officiel", et je ne peux donc en aucun cas transmettre cela à l'évêché.
Adam était pieds et poings liés dans son activité, et cela le minait. Mais en restant discret
-Après, pour des raisons que je dois tenir secrètes du fait de la confession, il semblerait que Monsieur Fairchild soit lié à tout cela. Mais nous n'avons pas pu faire de suite le nécessaire pour en avoir la confirmation.
Le jeune moine se rappela alors qu'il y avait là une troisième personne sur les lieux du drame...
-Monsieur le maire, qui est ce Monsieur Austen pour qu'on fasse appel à lui dans une telle situation ?
Ivan ressentit à nouveau du dédain pour les Catholiques. Un simple pope se montrait plus critique, plus sérieux que ce Vatican qui abandonnait toute investigation avant même l'apparition d'un résultat. Il était aussi intrigué de voir l'importance de Fairchild dans cette affaire.
- Sa fonction est obscure, même pour moi. On l'appelle le "Hunter". Je pourrais difficilement vous expliquer davantage.
Le "Hunter" ? Pouvaient pas parler français ?
-Vous ne savez donc pas ce qu'il chasse ? Tant pis, j'en discuterai avec lui quand je le reverrai...
Le moine soupira. Il était évident que Mme Rosemet n'en saurai pas beaucoup plus elle non plus.
-Et cette Madame Ita ? Savez-vous où elle loge ? Elle était là depuis plus longtemps que nous, et il y a peut-être eu certaines choses que Roselyne ne pouvait évoquer qu'en... présence féminine.
Et vu que c'était elle qui avait demandé à ce qu'on appelle ce "Hunter", elle devait être instruite de genre de choses, elle aussi.
- C'est une piste. Attends un instant.
Il sortit de sa poche un morceau de papier et y griffonna rapidement l'adresse de Manara. Cela fait, il le lui tendit.
- Voici. Espérons que cela nous apporte quelques réponses...
Il reporta son attention sur la porte, se demandant dans quel état était désormais Germaine... Il poussa un soupir d'impuissance...
La convenance voulait qu'on laissa la famille seule.
Aussi les deux hommes rentrèrent ils chez eux, bien décidée à en apprendre plus dès le lendemain matin.















